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Suggestion de lecture : Les Vitamines du bonheur

Mort en 1988 à l'âge de 50 ans, Raymond Carver avait le génie de la nouvelle limpide aux atmosphères et dialogues ciselés. 

Dans ce recueil, il nous introduit sans préliminaire dans les existences étriquées des américains de la classe moyenne du début des années 80 où le rêve américain reste un mirage aux vapeurs éthyliques tandis que s'amorce le naufrage spirituel de l'Amérique.
Les vitamines du bonheur… Si l'antidote existait vraiment, il serait sans doute précieux aux personnages de Carver.

Ces pauvres bougres, ces foyers modestes, hommes et femmes de tous les jours, de la banalité, pour qui la vie a toujours un arrière-goût amer, désolant ou parfois tragique. 
A travers ces variations sur leur condition, ces univers clos, l’auteur nous immerge dans des tranches de vie, des moments de bascule entre burlesque et tension émouvante. Ces petits drames insignifiants se révèlent souvent d'une résonance étrange, quasi-métaphysique où se mêlent des réminiscences, des angoisses irrationnelles… Il y a bien quelques petits bonheurs, des moments de répit dans la grisaille mais si fugitifs qu'ils ne semblent exister que pour mieux faire ressentir, in fine, l'âpreté de la perte, de l'écroulement, du découragement.


Si Carver se montre parfois un peu cruel en peignant leur misérabilisme social et culturel, en usant d'une sorte d'ironie en demi-teinte à travers notamment des dialogues truculents, il sait surtout nous faire éprouver une grande tendresse pour toutes ces âmes brisées. On aurait envie que tout finisse par s'arranger mais ils semblent inconsolables et condamnés d'avance à l'échec et au désarroi, avec même une certaine résignation malgré quelques micro accès de révolte. Comme si finalement la vie n'avait rien à leur offrir : ni espoir, ni heureux dénouement. Jamais. Ils attendent juste que ça passe.


Raymond Carver se saisit de personnages ordinaires et les mène par réductions successives vers l'abstraction. Il parvient avec une économie du verbe et de l'adjectif (et même une expression parfois proche du langage oral, dénué de tout artifice littéraire) à instaurer une émotion sans pareil. Et c'est là tout le génie de l'auteur c'est que cette simplicité n'est jamais simpliste mais au contraire crée de la densité. Sa pointe sèche sait saisir et ne retenir que l'essence d'un dialogue, d'un silence, d'un geste traduisant au plus profond l'impatience, la lassitude, le malaise ou la honte... On parle souvent de "magie" à son propos. On ne comprend pas comment cette petite musique carvérienne fonctionne mais on est à coup sûr chaque fois envoûté.

Raymond Carver, Les Vitamines du bonheur, Editions de L’Olivier.