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Suggestion de lecture : L’ homme de ses rêves

Chef de file de l’école dite du New Yorker, John Cheever (1912-1982) est considéré comme le grand écrivain des travers de l'Amérique heureuse de la côte Est. Mais la publication de ses douze premières nouvelles, recueillies dans L’homme de ses rêves, montre une toute autre facette de lui, inverse même : il va chercher dans la misère la petite lumière qui donne l'espoir, lumière d'une soudaine lucidité douloureuse.

Écrites dans les années 30-40, en pleine dépression, ces nouvelles sont toutes d'une rare concision. L'ellipse est reine de ces petites vies sorties de l'ombre.

Dans Autobiographie d’un commis voyageur, c’est un vendeur de chaussures de luxe dont le métier est frappé de plein fouet par la crise qui voit ses revenus se réduire comme peau de chagrin et perd définitivement son emploi à 62 ans. Sans aucune police d’assurance ni retraite, son avenir ressemble à un gouffre vertigineux.

De passage raconte l’histoire d’un homme exalté venu dans une ville du nord créer une cellule du parti communiste. Après d’autres vaines tentatives à Boston ou Philadelphie, il finira seul, haranguant quelques badauds sur le bord des trottoirs, désespérément accroché à ses illusions perdues.

Dans les dix autres nouvelles, ce sont les femmes qui tiennent le premier rôle. Des femmes opiniâtres et pleines de tempérament. Orgueilleuses aussi et difficilement manipulables : une stripteaseuse cinquantenaire que l’on veut mettre au placard et qui prendra une éclatante revanche, une serveuse fière de sa popularité qui n’accepte pas d’être secondée par une nouvelle plus séduisante, ou encore cette jeune fille rêvant de devenir comédienne et qui, par le plus grand des hasards, se voit proposer un premier rôle à Broadway. Elle le refusera, persuadée que la pièce est exécrable...

Mélancoliques, porteuses de nul espoir, ces nouvelles dressent le portrait d'une Amérique perdue dans son présent inutile, vouée à n'engendrer que toujours plus de misère, à attendre dans une lassitude morne que quelque chose advienne, comme si les forces intérieures faisaient défaut. Ces nouvelles servent aussi à témoigner de la rudesse d'une époque où l'industrie se meurt petit à petit, où les usines ferment.

Un recueil plein de beauté et d'amertumes, manière d'envers du décor qui laisse un beau témoignage d'un pays fastueux en période de crise. D'une étonnante actualité.

John Cheever, L’homme des ses rêves, Éditions Joëlle Losfeld.