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Lisez-vous le belge ? - La sélection de Chantal

La Belgitude chez Jacques Brel – Chantal Mollet

L’œuvre intégrale de Jacques Brel comprend cent nonante-deux textes écrits entre 1948 et 1978. La plupart ont été chantés et édités. Ils sont rédigés en français, à quelques exceptions près : du latin dans Rosa, de l’allemand dans Casse-Pompon et dans La Bière, du néerlandais en alternance avec le français dans Marieke, du bruxellois dans Le Docteur et dans Histoire française. Il raille l’accent bruxellois dans Les Bonbons et dans Les Bonbons ’67, - d’ailleurs plus personne n’a cet accent-là, sauf Brel à la télévision.  Brel a traduit quatre chansons en néerlandais : Rosa, Mijn Vlakke land, De Nuttelozen van de nacht, De Burgerij. Il a interprété Le Pendu à la télévision néerlandaise.

Dans l’ensemble donc, Brel écrit en français pour des francophones et traduit occasionnellement ses chansons en néerlandais. Bruxellois, il est issu d’un milieu flamand, bourgeois et francophone. A l’époque de ses parents, la bourgeoisie flamande aurait cru déchoir si elle n’avait pas fait instruire sa progéniture en français et elle se piquait même le plus souvent de ne connaître du flamand – sauf les injures bien sûr, comprises par chacun d’instinct ! – que les quelques mots indispensables pour se faire entendre des femmes de ménage et de l’employé du gaz.  Par conséquent, Brel a appris à s’exprimer en français et a été instruit dans cette langue avant d’entrer à la cartonnerie familiale, puis de commencer à chanter. Son témoignage nous apprend qu’il n’a pas dû choisir entre deux cultures, entre deux langues. Il n’a jamais écrit en flamand, tout en aimant le son guttural de cette langue. Je ne parle pas flamand dans mes chansons, mais le néerlandais, a déclaré Brel. Je chante avec l’accent d’Amsterdam, qui n’est pas celui de Bruges ou de Gand. Néanmoins il s’est beaucoup interrogé sur son appartenance ethnique : J’ai un jour décidé que j’étais flamand, a-t-il déclaré.

Parmi ses cent nonante-deux textes et chansons, beaucoup contiennent des références géographiques et culturelles : la France avec Paris, l’Angleterre avec Londres, mais aussi Hambourg, Amsterdam, Copenhague, Rio, l’Amérique, l’Orient, l’Australie…

Vingt-huit pièces de l’œuvre intégrale ont un lien plus ou moins étroit avec la Belgique, dont seize rédigées pendant les dix années de grand succès de Brel sur scène, - soit entre 1957 et 1967, et quatre créées en 1968.

Comment Brel y exprime-t-il sa belgitude ?

Dix textes portent un titre au parfum de Belgique et plus particulièrement de Flandre : Bruxelles (1953), Les Flamandes, Marieke, Bruxelles (1962), Le Plat pays = Mijn Vlakke land, Il neige sur Liège, Les F…, les trois histoires de Jean de Bruges : L’Ouragan, L’Ostendaise, Knokke-le-Zoute.

Brel y glisse des allusions gastronomiques et culturelles telles les frites avec ou sans moule,la bière, la Kriek Lambic pour les bons vivants flamands que sont Breughel l’ancien et Uylenspiegel , pour les petites gens aussi. Des références ethno-linguistiques comme Godferdomme ! Tudieu !, les Flamandes. On y perçoit son hostilité envers les extrémistes, contre l’armée avec Waterloo. On y découvre des étendues comme la mer du Nord, l’Escaut, les canaux, des endroits comme la Flandre, la Belgique, Bruges, Zeebrugge, Gand, Knokke-le-Zoute, Ostende, Anvers, Liège et son Carré, la Meuse et bien sûr Bruxelles, ses places nostalgiques et son jardin botanique.

Mais de quelle belgitude s’agit-il ?

Tous ces clins d’œil montrent que Jacques Brel met en musique autre chose que des amours malheureuses. Ils attestent son attachement au terroir et son engagement politique.  Certains lieux cités ne servent que de décor. Telle autre comme la ville balnéaire bourgeoise de Knokke-le-Zoute n’apporte qu’un contexte à la misère morale. Les villes de Bruges et Gant sont les symboles confirmés de la Flandre. Mais Bruges, Zeebrugge et Anvers se rattachent à l’amour que Brel porte à la mer. Cependant Anvers n’est qu’une ville parmi d’autres dans la chanson Vesoul. L’Escaut est une réalité belge dans Le Plat pays, mais la Meuse est française dans Je suis un soir d’été. Liège fait exception en tant que ville wallonne transformée par la neige.

Le grand Jacques est-il le chantre francophone de la Flandre ? Il aime les paysages de la Belgique septentrionale qui ne sont pas ceux de son enfance. Il aime le vent et la mer, - en l’occurrence la mer du Nord. Et son Ostendaise est n’importe quelle femme de marin. Ainsi Jacques Brel chante la Flandre en bien. Et en mal aussi. Il se monte anticlérical et anticonformiste, dénonçant le souci excessif des apparences dans Les Flamandes. S’il a décidé un jour qu’il était flamand, personne n’a oublié sa violente critique des flamingants dans la chanson du même nom, déjà pressentie dans Les Bonbons ’67 sous les traits du jeune frère de Mademoiselle Germaine.

Les chansons de Brel sont profondément humaines. Les images du quotidien qu’elles véhiculent sont accessoirement belges. La bibliothèque Jean de La Fontaine possède une dizaine d’ouvrages sur l’œuvre de Jacques Brel, dont Œuvre intégrale, éditée chez Laffont.

Bonne lecture !