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Le carillonneur de Georges Rodenbach - Une sélection de Chantal

Le carillonneur – Georges Rodenbach

C’est par son roman le plus abouti – Le Carillonneur – que je suis entrée dans l’œuvre de Georges Rodenbach (1855-1898). Qu’a-t-il pour plaire encore aujourd’hui, ce tournaisien grandi à Gand, qui écrivait en français pour ses contemporains au 19e siècle ? 

La Flandre est son décor, ces Flandres méditatives, parmi les brumes humides et rebelles. La tour du beffroi de Bruges y occupe une place privilégiée. Joris Borluut, l’architecte officiel de la ville de Bruges à laquelle il veut rendre sa beauté ancienne, est nommé au poste de carillonneur municipal après un brillant concours. Dans le cercle de ses amis notables, il rencontre la sensuelle Barbe, sa future épouse. Avec de tels éléments, Danielle Steel aurait écrit une superbe romance, Umberto Eco une intrigue fouillée. C’est sans compter que Georges Rodenbach a le goût du malheur et du morbide et qu’il le fait partager par ses personnages, au point que la ville de Bruges éprouve des états d’âme. Pour y arriver, il truffe son récit de références mystiques ou occultes. Il le construit en opposant Barbe et sa sœur Godelieve, Bruges la flamande et Anvers l’espagnole, la Bruges nostalgique et la future Bruges-port-de-mer, l’obscurité et la lumière…

Quel genre d’architecte est Joris Borluut ? Il était un grand artiste, après tout, dans son art : il avait réalisé là [à Bruges] une œuvre anonyme et sans gloire mais admirable, si on avait compris. Il fut l’embaumeur de cette ville. Morte, elle se fût décomposée, désagrégée. Il l’avait faite momie, dans les bandelettes de ses eaux inertes, de ses régulières fumées (…)

Quel genre de musicien est-il ? Ce carillonneur-ci [Joris Borluut] avait eu l’idée de jouer des noëls anciens, noëls flamands nés dans la race et qui sont des miroirs où elle se reconnaît. C’était très grave et un peu triste, comme tout ce qui a traversé des siècles. C’était très vieux, et pourtant compris des enfants. C’était très reculé, très vague, comme se passant aux confins du silence, et pourtant recueilli par chacun, descendu dans chacun.

Quel genre d’épouse est Barbe ? Il [Joris Borluut] venait encore d’avoir à subir de nouvelles scènes avec Barbe, pour des vétilles, un emportement brusque, un branle-bas instantané de tous ses nerfs où le visage entier se décomposait. Seule la bouche trop rouge surnageait, plus rouge dans cette colère blanche. Et il en sortait des mots durs, pressés, absurdes, mais qui l’assaillaient comme des cailloux.

Georges Rodenbach nous dépayse avec des mots et une sensibilité d’une autre époque. Il met en scène des passions humaines que la piété et la bienséance de son temps ne parviennent pas à étouffer.

Voilà un roman à l’écriture réaliste qui réserve des surprises.  A lire au second degré pour bien s’amuser ! Et jusqu’au bout. La bibliothèque possède-t-elle ce livre ? Bien entendu ! Il est dans la réserve (RA 152148). C’est un volume épais contenant 7 romans : L’Art en exil, Bruges-la-morte, Musée des béguines, La Vocation, Le Carillonneur, L’Arbre, Le Rouet des brumes. J’ai tout lu. Bonne lecture à vous aussi !

Chantal Mollet