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"Un goût de rouille et d'os", une sélection de Patrick

Dans les huit nouvelles qui composent ce livre, les corps souffrent et les masquent tombent. Craig Davidson nous révèle une humanité sans fard où les blessures physiques et morales poussent les héros de ces histoires courtes à se surpasser. Tous doivent vivre avec une profonde souffrance et font leur possible pour la surmonter avec plus ou moins de bonheur.

Ainsi, cet homme ne pouvant avoir d’enfant, qui transfère sa paternité sur une chienne qu’il dresse pour des combats sanglants ou encore ce boxeur qui combat jusqu’à l’épuisement dans des matchs clandestins tellement il culpabilise de n’avoir pu sauver son jeune neveu de la noyade dans un lac gelé.

C’est bien de failles, de fêlures et de détresses inaltérables dont il est question au fil de ces situations extrêmes. « Ne pas s’apitoyer sur son sort » est le mot d’ordre commun à tous les récits mais il ne dédouane pas pour autant les personnages de nous livrer leurs états d’âmes... Des personnages marginaux, en souffrance, en proie à leurs démons familiaux, sentimentaux ou existentiels, à leurs obsessions ou leurs rêves inachevés, qui repoussent leurs limites pour enrayer leur angoisse. Craig Davidson sait, sans misérabilisme, nous faire partager le ressenti profond de ceux dont les cicatrices ne peuvent se refermer. Les protagonistes, sensés et sensibles, sont dépeints avec force.

L’auteur cultive des techniques narratives particulièrement efficaces. Chacun de ses récits est construit comme « un match », dans un rythme maîtrisé et soutenu. Laissant sa chute ouverte, il offre au lecteur, abasourdi, la liberté de conclure : de choisir entre le coup fatal ou la guérison miracle. Mais c’est surtout son style très graphique presque charnel aux descriptions très visuelles qui fascinent immédiatement. Le tout nous est servi avec une précision technique presque clinique qui offre un relief et une profondeur troublants.

Craig Davidson « Un goût de rouille et d’os » (Editions Albin Michel)